CHRONIQUES POTEAUPHILES #4
Par Vinzou des Bois
Dans la famille « poteau fou », je voudrais l’Anglais… Bonne pioche ! Parce qu’il faut savoir une chose, c’est que chez eux, il n’y a pas que leur mode de vie, leurs voitures, leurs abribus et leurs vaches qui aient été fabriqués à l’envers, il y a aussi leurs poteaux. Et croyez-moi ou allez vous faire cuire un œuf, mais voir des poteaux anglais près de chez soi, c’est certainement tout SAUF un avantage. Pourquoi ? On va y venir.
Lorsque j’ai traversé la Manche pour étudier la spécificité de leurs poteaux, j’ai tout de suite été pris en « otage » par deux jeunes Anglaises, Susan et Mary, qui rêvaient de se faire prendre en photo avec un spécialiste mondial du poteau. A la descente de l’Eurostar, comme mise en bouche, çà surprend toujours un peu au début. Après, on s’y fait… ou alors, on fait une grossesse nerveuse ! Un peu gêné, j’ai à peine eu le temps de mimer un « yes » hésitant que, dans l’instant, je me suis fait assaillir par des dizaines de flashes. Quand je vous disais que les Anglais ne sont pas normaux… Pour bien comprendre la culture et l’élevage des poteaux anglais, il faut se fondre dans la masse. Et c’est pas avec cette entrée en matière fracassante chez nos ennemis millénaires que j’allais passer incognito. Mais il fallait les voir, les souris rosbifs, toutes émoustillées de voir un éminent spécialiste ! J’ai déjà vu des mecs se faire des injections de cocaïne pure, ils n’étaient pas plus hystériques !
Je ne sais pas si c’est la mort de Queen Mum, la pluie, la dernière défaite d’Arsenal ou le fait de savoir que les Spice Girls sont séparées qui les a foutues dans cet état, mais la dernière fois que j’ai franchi le « Channel » comme ils disent, elles m’avaient l’air somme toute normales. Quand je dis « normales », comprenons-nous bien : elles avaient tout de même les cheveux d’un joli rose bonbon, touts sortes d’anneaux dans les oreilles et dans le nez, d’élégantes minijupes à carreaux, assorties parfaitement à de grosses bottes type « écrase-merde » d’un raffinement prononcé si particulier …des Anglaises, quoi ! Mais là, çà m’a fait un choc : « oh, it’s Mr. Des Bois ! ! ! ! » Ricky Martin n’aurait pas eu plus de succès en arrivant là-bas.
« I’m here for the posts », m’excusais-je, néanmoins touché de voir ma réputation me précéder, hors de nos frontières qui plus est. Mais le poteau est ma passion et le poteau anglais ma mission. Je ne devais pas me disperser. Et c’est donc tout naturellement que j’entrais dans un pub de Picadilly pour étudier les mœurs de ces Bretons-là.
Sachant que les poteaux, quelle que soit leur origine, réagissent de la même manière que les autochtones, il fallait s’attendre à tout, avec ces espèces d’énergumènes. Et je n’ai pas été déçu du voyage, c’est le moins que l’on puisse dire (si vous me passez l’expression)!
Regardons les choses en face : si les Britanniques rouquins aux taches de rousseur plein la façade, aux oreilles décollées, au nœud de cravate en biais et à la pinte de bière scotchée à leur énorme paluche droite (ou gauche, çà va de soi !) de rugbymen n’existaient pas, çà ferait un sacré vide dans le paysage européen, c’est moi qui vous le dis ! Les poteaux britanniques en général et Anglais en particulier sont comme les « vrais » Britanniques : ils discutent entre eux de la Premier League, des résultats du Tiercé, et leur grand truc, c’est parier. Ils parient sur tout ce qui bouge : les canassons –qui font ce qu’ils peuvent-, le foot, le mariage du Prince William avec Britney Spears, le licenciement de leurs collègues etc. D’ailleurs, l’humour des poteaux anglais, caustique au possible, laisse parfois à désirer, mais une chose est sûre : ils ne rient pas quand ils parient. C’est un axiome.
Le pari est sacré pour les poteaux anglais, qui se délectent d’une bonne bière devant une course de lévriers. Néanmoins, le plus navrant avec les poteaux anglais, c’est qu’ils en deviennent vite fatigants. Mis à part leurs boutades qui ne font rire que des poteaux anglais, et encore, uniquement les initiés, c’est pas avec leur conversation qu’on va se fêler une côte. En fin de compte, la vie des poteaux anglais est ennuyeuse, notamment celle des poteaux de bord de routes, avec leur bandeau rouge sur la tête pour bien marquer les intersections. Alors ceux-là, s’ils parlaient, ce serait une catastrophe nucléaire ! Je ne sais pas si c’est l’éloignement de la ville et la solitude de la campagne verdoyante qui les opprime au point de ne plus éprouver le moindre sentiment ni esquisser le moindre mouvement, si ce n’est un clignement d’yeux lorsqu’une voiture passe, mais un cortège funéraire aurait l’air plus enjoué et souriant que ces poteaux-là ! Et c’est rien de le dire !
Il m’est arrivé une fois d’essayer vainement d’entamer la conversation avec l’un d’eux : « vous pensez quoi de la condition des poteaux mormons, maintenant que nous sommes entrés dans le troisième millénaire ? ». Apprenez que pour toute réponse, j’ai eu un clignement d’yeux ; textuellement, « il est vrai que l’Utah est un état peu propice à l’épanouissement des poteaux, mais il faut savoir que la religion mormone, surtout dans la conjoncture actuelle, ne permet que peu d’écarts de pensée et de liberté intellectuelle à chaque individu ». Attrape ! J’ai été bluffé par ce clignement d’yeux. Mais vu le peu d’allant qu’il a mis dedans, j’ai jugé préférable de ne pas réitérer l’opération, bien que très enrichissante dans le dialogue.
Faites le test vous-même : posez une question existentielle à un poteau d’intersection anglais, et préparez-vous à un clignement d’yeux pas piqué des hannetons…