CHRONIQUES POTEAUPHILES #3
Par Vinzou des Bois
Lorsqu’un voyage en Papouasie Nouvelle-Guinée est organisé par une bande de joyeux ClubMédistes pour découvrir la civilisation océanienne et ses poteaux de fabrication artisanale, on se dit qu’inévitablement, çà sent l’embrouille. Anguille sous roche, ou dans le cas présent, baleine sous gravier. Bizarrement, ces tribulations en Papouasie ne me semblaient pas si terribles, comparé à ce que c’était supposé être : un séjour touristique et culturel dans une ambiance de franche camaraderie, qu’ils disaient. Mouais.
Ce qui a failli me faire regretter de partir avec cette fine équipe de jeunes cadres dynamiques qui veulent des sensations fortes au bord d’une piscine à Agadir, au salon JPCoiffure ou chez Igor, c’est l’idée de devoir danser la Macarena après une journée d’études et de découvertes civilisationnistes passionnantes pour le spécialiste poteaulogue que je suis. Les G.O., ils sont bien gentils, mais la Macarena, plus personne ne la danse depuis la réélection de Bill Clinton à la présidence des Etats-Unis en décembre 1996. Une paille ! Alors vous pensez bien que c’est d’un “ oui ” aussi rassuré que celui d’un mignon petit lapinou qui accepterait d’aller bouffer chez un loup que je m’embarquais dans ce qu’on pourrait légitimement –et à fort juste titre d’ailleurs- appeler un guet-apens.
Quand on y réfléchit à deux fois –deux fois suffisent, n’allez pas vous fracturer un neurone pour autant !- le plus pénible ne fut pas l’expédition en elle-même ni le séjour beaufissime qui fut le nôtre durant ces quelques jours, bien courts en fin de compte pour un civilisationniste de ma trempe, mais beaucoup trop longs pour ces vulgaires touristes, lesdits touristes U.Visés à l’avance pour faire croire qu’ils sont riches, beaux, célibataires, et qu’ils aiment par-dessus tout le beach volley, le surf et les voitures de sport. Risible. Non, le plus fatigant fut l’enregistrement des bagages dans le hall D de Roissy CDG , puisque le voyage –tant à l’aller qu’au retour- , je ne l’ai pas vu ! J’ai roupillé comme le loup repus du lapinou, trop heureux d’avoir vu son invitation répondue par l’affirmative de la part du petit rongeur aux grandes oreilles.
Dire que l’enregistrement fut long est un euphémisme et il relèverait de la schizophrénie de l’avoir trouvé agréable, mais le poteau papou mérite le déplacement et c'est pourquoi j'étais prêt à tous les sacrifices, dans la limite du raisonnable et des stocks disponibles. L’enregistrement des Bouings qui partent direction Port Moresby ressemble à un McDo aux heures de pointe : dix comptoirs qui carburent non-stop pendant trois plombes pour parvenir à remplir un 747, avec, par voie de cause à effet une file d’attente maousse en face.
C’est en arrivant à une paire de mètres du comptoir numéro cinq après une bonne heure et demie de poireau, de mal aux jambes et de stress incontrôlable en tous points que je pris connaissance de mon interlocuteur du moment : entre les comptoirs quatre et six occupés par deux poupées fraîchement remaquillées par Ripolin, décolorées au White Spirit et qui demandaient à chaque péquin qui veut du dépaysement “ vous avez une préférence pour votre siège ? ” se trouvait un steward dans les règles de l’art. Il avait tout pour lui : gominé, rasé de près, et tout droit débarqué de cette île hellénique sur laquelle les femmes ne pouvaient aimer d’homme. il est comme qui dirait, disons… maniéré. Oui, c’est le mot : MANIERE ! C’est de sa voix fluette et de son coup de poignet frêle et désinvolte qu’il s’apprêtait à peser ma valise. Heureusement que mon valeureux placier à la chemise impeccable possède une petite manette pour pouvoir faire venir les valdingues car, vu la gueule de la mienne, il se serait probablement cassé un ongle !
J’avais fait en sorte de tout ranger dans mon gros sac pour ne pas dépasser la franchise, parce qu’à 13 € du kilo supplémentaire, on ne rentrait justement plus dans la limite des stocks disponibles ! et puis il aurait été dommage de sacrifier la découverte passionnante d’une civilisation potale dont la tradition de fabrication est restée intacte durant des siècles pour une pathétique question matérielle et financière.
Le poteau papou, poilu de son état, si longtemps resté dans l’anonymat potelier le plus intégral, y compris pour les spécialistes, est devenu depuis l’ altercation de l’un d’eux avec le célèbre footballeur américain Jason Potton (cf notre article : un sauvetage étrange), une sorte de bête curieuse, un animal de foire pour une opinion publique en manque d’exotisme et de sensations fortes, tout comme les ClubMédistes sont en manque perpétuel de Macarena. C’est pourtant dès 1966 que les Américains, croyant à leur suprématie mondiale en matière de poteaux, se sont retrouvés comme deux ronds de frites lorsqu’un papou est venu de Port Moresby en costume d’apparat uniquement pour leur dire qu’en Papouasie, le poteau est un objet de culte plus puissant que leurs totems peaux-rouges et qu’en conséquence, ils pouvaient aller se rhabiller comme une strip-teaseuse lorsque le spectacle est fini.
Non mais, c’est vrai, quoi ! ces Ricains, ils se prennent pour les maître du monde, et ils ne sont pas capables de faire les choses les plus élémentaires dans la vie : ce ne sont pas les français, les meilleurs cuistots, les meilleurs au foot, et les meilleurs amants du monde ? alors les messieurs Ronald, Bill, Phil et DeubeulYou, mon ami papou a raison : Allez vous rhabiller !